La vie est rencontres.
Aussi, il y a quelques années, j’ai rencontré Christine. Elle m’a donné l’habitude, pour se mettre à niveau, de repartir de la définition des mots. J’ai donc pris la première, envoyée par Robert !
Géographie :
1. Science qui a pour objet la description de l’aspect actuel du globe terrestre, au point de vue naturel et humain.
2. La réalité physique, biologique, humaine que cette science étudie.
Je pourrais rester des heures à regarder cette définition. Elle me laisse immobile. Étonnement, si j’y mets un peu de vécu, il se passe dans ma tête un voyage dont je ne trouve plus l’origine.
Je me raccroche au connu. Pour moi, le premier souvenir que j’ai de la géographie, ce sont des cartes de couleurs, accrochées aux murs de l’école. Le second, c’est le souvenir affreux d’une association incompréhensible entre l’histoire et la géographie. Elle m’a fait côtoyer une professeure qui me détestait, et à qui je ne pouvais offrir qu’un retour du même ordre. Elle m’a fait détester l’histoire géo.
C’est un module optionnel de développement local en BTS agricole, qui m’a rouvert les portes de la géographie. Nous étions allés sur le terrain s’intéresser aux gens pour un avenir meilleur, ça m’a touché.
C’est cette petite parenthèse qui m’a fait faire le choix d’une formation universitaire et professionnelle, qui, par chance pour moi, avait perdu la qualification de géographie au profit d’une dénomination plus snob, l’aménagement et développement territorial. J’y suis allée.
20 ans après, j’ai pour la géographie le regard transformé, d’une science qui pour moi s’est perdue dans le méandre des certitudes.
C’est une philosophe belge, Isabelle Stengers, qui, alors que j’arrachais de l’herbe dans un jardin fleuri, a fait renaître en moi ce que je croyais loin : la science du globe !
Elle disait par exemple :
« J’essaye de passer des idées, des textes, des modes d’approche, qui m’ont rendues vivantes, avec l’espoir que cette capacité de rendre vivant peut jouer sur la personne. »
« Pour moi la philosophie, ça peut être une joie, ça doit mettre la pensée en vie. »
« La raison est une aventure »
« Quand je lis quelque chose qui m’ennuie, je ne me dis pas c’est mauvais, je dis peut-être que je trouverai mon chemin plus tard. Mais pour le moment, je ne travaille pas ça, ça ne me met pas en appétit de pensée. »
« Réussir la transversalité sans tomber dans un relativisme plat relatant que tous les savoirs se valent, Non. Aucun savoir n’est tout à fait comme les autres. Il n’y a pas de hiérarchie des savoirs. »
« Il faut se porter à la hauteur de ce que demande le problème que l’on pose ».

Penchée là, sur le globe, à modeler les jardins, observant une abeille butiner des réponses, j’étais à la hauteur qui me tenait debout.
Sur le terrain, les pieds collés au sol, les mains dans l’expérience. Je me suis sentie reliée, des pieds à la tête, à ce que j’avais appris, étudié, questionné, confronté, dénoncé.
J’ai eu envie d’apprendre encore… de l’infiniment grand au plus petit plaisir, scientifique au ras du sol, sur le dos d’une abeille, j’ai butiné.
Volant de questions en questions, j’ai voyagé aux alentours. Passé les haies d’un plan de carrière. Combien de fois ai-je changé d’habits ? De directrice à secrétaire, d’animatrice à menuisier, de plombier à chômeuse, de scientifique à pragmatique, j’ai fini par laisser la pensée s’en aller.
Ce sont les abeilles qui m’attendaient là, pour un autre voyage. Un voyage par les sens. C’est ainsi qu’apicultrice, j’ai choisi d’afficher. Pour n’être pas tentée de les abandonner.