Émergence

« La ruche est un monde qu’on ne peut pas comprendre. Il faut y plonger. »…

… « L’abeille était devenue pour moi un révélateur de mes intuitions sur l’environnement. Un pont entre mes émotions et le reste du monde. J’ai commencé à les aimer. »…

… « elles animent en moi l’envie de partager de manière simple  les bons côtés de la complexité du monde. Prendre une cuillère de miel et y tremper les lèvres. Qu’on aime ou qu’on déteste, ressentir est pour moi, une avancée. »


Ma rencontre avec l’abeille date de l’enfance.

Ma rencontre avec l’abeille, était une douleur terrible, au milieu de la main droite. A ce moment-là, la technologie était moins avancée qu’aujourd’hui. Nous étions en voiture. Il faisait chaud et ouvrir la fenêtre pour respirer l’air frais était une nécessité qui m’apparaissait vitale. A l’arrière, point de bouton électrique qu’on peut stopper depuis le poste de pilotage. Non. Une poignée. J’avais donc ouvert la fenêtre au désespoir de mes parents qui encore une fois avaient cédés à mon art de la négociation. Et à l’éloignement aussi, car à part s’arrêter ou se fâcher pour me faire obtempérer, ils optaient parfois pour la troisième voie, céder.

J’avais donc ouvert la fenêtre et bien sûr, respirer amène à autre chose. Un attrait pour la physique peut-être, qui me faisait sortir le bras pour goûter aux forces du vent. Avec la main, j’apprenais un tas de choses, le fonctionnement d’un parachute, la portance des ailes d’avion… Bref, je m’amusais. Et tout à coup. PAF. Quelque chose vint percuter le cœur même de ma main. La voilà, ma rencontre avec l’abeille. Un objet volant non identifié entraînant une douleur terrible et qui stoppa instantanément le plaisir d’avoir goûté au vent.

Je crois que les années qui suivirent ne calmèrent pas mes envies de mettre le nez dehors. Mais mon apprentissage s’est alors poursuivi vers les mathématiques. Quand je sortais la main. J’adoptais une position moins frontale à la vie. Instinctivement, je savais sans doute que la probabilité d’être piquée au bout des doigts est moins importante qu’au creux de la main. Moins de surface = moins de risque.

Il s’est passé beaucoup d’années avant qu’une nouvelle étape me fasse cheminer vers l’abeille. Pendant ces années, ma stratégie la meilleure était de garder mes distances avec les insectes volants.

L’étape suivante, c’est la rencontre avec un homme. Moi qui n’aimais pas le miel, je le regardais intriguée, engloutir ses tartines engorgées de nectar. Un jour, je ne sais si c’est pour lui faire plaisir, ou de manière tout à fait pragmatique, pour faire baisser nos dépenses, je lui ai offert une ruche. A travers lui, j’ai redécouvert l’abeille. Je me suis mise à manger du miel. J’ai pris plaisir à l’accompagner au rucher. Après quelques années, il est malheureusement devenu allergique aux piqûres. Alors j’ai pris le relais…. pour voir.

La première fois que j’ai ouvert la ruche, seule, j’étais terrorisée. Moi qui ne supporte pas ce qui grouille. C’était terrible. En plus, il fallait y plonger les mains. Munie de kilos d’épaisseurs de vêtements pour ne pas me faire dévorer, je me liquéfiais d’angoisse et de chaleur. A force d’entraînement, menée par la curiosité d’un monde insaisissable, la peur a disparu pour laisser place à un terrain d’observation fabuleux.

La ruche est un monde qu’on ne peut pas comprendre. Il faut y plonger. J’observais, je lisais, je notais tout ce que je voyais. Quel bonheur. L’abeille était devenue pour moi un révélateur de mes intuitions sur l’environnement. Un pont entre mes émotions et le reste du monde. J’ai commencé à les aimer.

Aujourd’hui encore, quand je vais les voir, je me protège car j’ai gardé en moi cette horreur de la piqûre.

Mais les abeilles m’apprennent beaucoup.

Elles nous apprennent beaucoup si on se laisse apprendre à aller…

Aussi, elles animent en moi l’envie de partager de manière simple  les bons côtés de la complexité du monde. Prendre une cuillère de miel et y tremper les lèvres. Qu’on aime ou qu’on déteste, ressentir est pour moi, une avancée.

C’est une fenêtre par laquelle on peut s’échapper, rêver, imaginer pour vivre pleinement ce qu’on pense.

L’abeille est une chance à saisir…

Je la saisis.

On me souffle à l’oreille une idée. Je la saisis d’autant qu’elle n’est pas mienne. Je m’y pose et regarde le monde  de cette intelligence. Celles des cœurs. Une idée partagée, quel bonheur. C’est un rêve. Celui de l’harmonie entre l’homme et les fleurs, entre l’automne et le printemps, entre la pluie et l’aube. Je ne peux y résister.

C’est ainsi qu’est née l’abeille philosophe. Elle n’est ni l’un, ni l’autre. Quelque chose entre les deux. Un morceau d’énergie déposée dans un rayon de cire. Et qui s’envole…

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